Un polaroïd de 30 ans de musique francophone | The JUNO Awards

C’est depuis 1992 que le gala des JUNO consacre dans sa remise de prix annuelle une catégorie réservée aux albums francophones.

De 1992 à 2002, le trophée honorait l’album francophone s’étant le mieux vendu dans une catégorie appelée Best Selling Francophone Album. Alors que sa carrière internationale prenait son envol, Céline Dion a remporté quatre fois ce prix pour ses albums Dion chante Plamondon, D’eux, Live à Paris et S’il suffisait d’aimer.

On remarque aussi que Roch Voisine, originaire d’Edmundston au Nouveau-Brunswick, s’est illustré avec son album Coup de tête en 1995. C’est la preuve que les frontières de la musique francophone vont au-delà du Québec.

Roch Voisine, deux fois lauréat des JUNOS, anime les Prix JUNO en 1994. (CARAS/CBC)

En 1998 et 2001, deux femmes sont sacrées gagnantes avec des albums de Noël. L’organisation du gala des JUNOs constate alors que la catégorie de l’album francophone le plus vendu ne réunit peut-être pas les meilleurs albums francophones selon leur qualité artistique.

En 2003, la catégorie change de nom pour Francophone Album of The Year et c’est Daniel Bélanger qui l’emporte pour son album Rêver mieux, qui connaît un immense succès au Québec. Après Céline Dion, c’est par ailleurs Daniel Bélanger qui s’est illustré le plus souvent dans la catégorie francophone des prix JUNO. Il a aussi été récompensé pour ses albums L’échec du matériel (2008) et Paloma (2018).

Depuis le changement de catégorie en 2003, les gagnants du prix JUNO pour le meilleur album francophone reflètent l’évolution et la diversité de la scène musicale francophone. Les gagnants de 2003 et 2004, Wilfred Le Bouthillier et Marie-Élaine Thibert, illustrent à quel point l’émission de téléréalité Star Académie a eu impact monstre au Québec. Dans Star Académie, qui est par ailleurs de retour en ondes cet hiver, le vote du public fait pencher la balance.

En parcourant la liste des lauréats du meilleurs album francophone depuis 20 ans, on constate que le folk a la cote au Québec et auprès des communautés francophones canadiennes. Citons la victoire de Jim Corcoran en 2016 pour son album Pages blanches, Antoine Gratton en 2007 pour Il était une fois dans l’est, Jimmy Hunt en 2015 pour Maladie d’amour et Jean Leloup en 2016 pour À Paradis City.

On constate aussi que la musique francophone suit les tendances internationales. En 2010 et 2011, alors que l’indie-rock canadien a du succès partout dans le monde (avec des groupes comme Metric et Arcade Fire), Karkwa et Malajube remportent le prix JUNO du meilleur album francophone. Ce sont deux groupes qui ont réussi à avoir du succès international avec du rock en français. Karkwa a même remporté le prix Polaris en 2010, alors que l’influent webzine américain Pitchfork a louangé Malajube.

Laurence Nerbonne a remporté le prix de l’album francophone au 46e Gala des prix JUNO, à Ottawa. CARAS/iPhoto

Ces dernières années, les gagnants du prix JUNO du meilleur album francophone ont encore démontré à quel point la musique francophone évolue au rythme de la pop planétaire. XO, l’album de Laurence Nerbonne (gagnante en 2017), s’aventure dans la musique urbaine et R&B. Loud (gagnant en 2018) est le premier rappeur québécois à avoir connu véritablement du succès en France, alors que la formation Les Louanges (gagnant en 2020) s’inscrit dans la nouvelle génération d’artistes qui déconstruit les genres.

Photo : Le groupe montréalais Karkaw a remporté le Prix de l’album francophone de l’année aux JUNOS de 2011. Crédit : CARAS/iPhoto